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vendredi 25 mars 2011

Espoir



L'espoir, qui permet de continuer à vivre, répéter les mêmes gestes quotidiens, aller chercher le pain avec sa libreta, faire la queue, longtemps, les maisons coloniales somptueuses qui tombent en ruine, l'électricité défaillante, l'eau froide, la poussière, le congri tous les soirs. Parce que demain...


Pourtant, sur la porte, ils ont collé en grand cette phrase:

Manana sera demasiado tarde

L'attente d'un rêve qui n'aura jamais lieu.

mercredi 22 avril 2009

C'est la faute à l'ennui...

C'est comme une évidence qui me tombe sur la tête pendant que je patauge dans mon bain. Ce n'est la pas tellement la condition économique qu'ils fuient, bien sûr qu'elle est bien meilleure que sur les autres îles et même parfois qu'aux États-Unis. C'est l'asphixie morale et intellectuelle qui plane sur eux. Si je repasse la bande en arrière des plaintes adressées, je confirme mon point.

"Pour les candidats à l'exil, il semble que l'ennui puisse être aussi mortel que les requins du détroit de Floride."
Olivier Languepin. Cuba. La faillite d'une utopie. p. 224.

mardi 21 avril 2009

Projections

À la fin d'un voyage solitaire, on a hâte de rentrer. Puis soudainement, dans la salle d'embarquement, on reconnaît ses voisins, amis d'amis, discussions familières sur un match de hockey, ou phrase assassine sur les Cubains, sur l'hôtel, la pauvreté, le régime. "T'es pas très bronzée quand même".

Ce voyage a occupé les trois derniers mois de ma vie, réflexions, peurs, défis, dépenses, soucis. Le mettre derrière. Et maintenant quoi?

J'aimerais croire que le bonheur va me submerger. Que je vais réussir à aborder la vie autrement. Que le quotidien ne va pas me rendre paresseuse. Mais quelques secondes avant d'atterrir en piste, un vent de panique souffle. Je me rappelle le froid, l'ennui, la répétition... Et si tout ce qui m'a manqué ne va pas peser une plume face au poids de la routine?

Hier, en parcourant la biennale de La Havane, je faisais le lien entre cet espoir d'une vie meilleure qui détourne sans arrêt les Cubains de leur présent. Et ma propre confusion entre présent et futur, craint ou désiré. La journée avait été parfaite. Achats de souvenirs. Promenade avec mes hôtes. Restaurant. Expositions. Vernissages. Chaleur. Mais je ne l'avais réalisé qu'à la tombée de la nuit. Une fois la journée derrière moi.

lundi 20 avril 2009

Espoir

Qu'arrivera-t-il quand les portes s'ouvriront enfin?

vendredi 17 avril 2009

Les yeux tristes


"C'est pas possible de ne vivre le monde qu'à travers l'écran de la télévision"
Sa voix est de plus en plus triste au fur et à mesure qu'il sent son rêve lui échapper. À chaque nouveau départ. Il y a eu Y. et M. à deux jours d'intervalle. Puis P. Maintenant, c'est l'Argentin. Chaque fois, il se lève avec nous et nous accompagne. J'ai mis du temps à comprendre ce que représentait ces départs pour lui. Pour nous c'est la fin des vacances, ou une étape dans un périple. Pour lui, c'est un peu de l'ailleurs qu'on avait mis dans sa maison.
C'est qu'on a tous vécu comme dans un rêve. Chaque jour de nouvelles têtes. L'Argentin qui revient. Le frère qui se point un jour plus tôt. L'Espagnol qu'on invite et qui se plait. C'est devenu un beau bordel. Ça aurait pu le miner. L'angoisser. Peur de la délation, ça prend des proportions démesurées notre histoire. Mais le voilà qui rajeunit. S'allège. S'installe dans le présent. Il part acheter des bouts de mousse pour faire des lits de fortune. Rit de coucher par terre dans le salon. La routine est brisée. L'attente aussi. Le voilà qui se regonfle de vie au présent. On fabrique des bracelets pour les vendre. On part jongler sur Parque central. Le soir, du rhum et des gamelles de pâtes qui me rappelent mes vacances d'ado. Il est en voyage avec nous.
Le dernier jour, alors qu'il ne reste plus que moi, il me dit, ce que j'avais compris toute seule, qu'il attend... Chaque jour, il attend quelque chose qui n'arrivera pas. Il ne sait pas ce que c'est. Il appelle ça la liberté. Il me dit "Tu comprends, c'est pas possible de ne vivre le monde qu'à travers l'écran de la télévision!" Ses yeux reprennent cette teinte gris d'espoir.

Manana sera demasiado tarde



La certitude que les choses continueront de changer détail après détail, dans ce pays en transition. Mais la transition dure depuis trop longtemps pour attendre encore. Alors on se nourrit d'un autre espoir, un espoir qui permet de continuer jour après jour, à faire la queue avec sa libreta pour acheter riz, haricots, oeufs, pain, avoir peur, agrémenter son quotidien de produits de luxe, viande, chocolat, coca, dentifrice au menthol, grâce à un pas chassé dans la clandestinité.

Sans gommer la tristesse. Dès qu'ils tentent de regarder vers l'avenir, ils comprennent que cet espoir est une pure utopie, ah si j'avais un visa pour vous suivre... et que la vie est belle ailleurs, avec cette liberté, et qu'elle sera parfaite ici quand la dictature s'écroulera, et sourient à l'évocation d'un pays chimérique qu'ils ne peuvent même pas imaginer, malgré les images vues à la télé qu'ils collent à leur frustration, à leur désir, pour fabriquer ce rêve. Je leur rabache sans arrêt les ombres au tableau du capitalisme. Ils entendent... Mais ne veulent pas se souvenir. Ils savent mieux qu'on le pense les enrouements de notre système libéral, mais il faut bien une porte quelque part.

Quand on frappe à la porte, ils glissent un oeil dans le judas pour identifier le visiteur. Le front sous cette phrase rebelle mais résignée. Il faut avoir vu mes hôtes pour comprendre à quel point elle est résignée. Et ouvrent la porte en dissimulant à peine le soulagement de reconnaître un ami, un voisin. Ce n'est pas la police. Pas cette fois.

mercredi 8 avril 2009

Pas de politique

Ils ont laissé tomber le communisme, le partage, le sacrifice au nom du partage. Ils attendent. Ils vivent en attendant. Ils veulent plus d'argent. Et qu'on ne leur demande pas demain. Demain, demain, demain... Vous êtes bien des touristes à demander demain comme ça, à vous inquiéter, mais que sera demain, il faudra bien que tu fasses de ta vie quelque chose, que vous leur conseillez, trouver un sens, un je-ne-sais-quoi à réaliser au moins. Comme si c'était à eux de trouver.
On leur demande ce qu'on peut faire pour aider le peuple cubain. Donner de la tune, qu'ils répondent. On s'imagine qu'ils vont mettre les dollars dans une petite chaussette, en vue de... pour un grand projet... pour le projet d'une vie... Mais l'argent part dans un chauffe eau, dans une lampe de chevet, dans un drap, dans un gateau au chocolat, des légumes, des savons, un restaurant, un coup de peinture sur le mur... et déjà, il faut recevoir clandestinement d'autres touristes chez soi.... l'argent ne change rien, il n'y en a pas assez, pas assez, pas assez...
En France, depuis quelques semaines, ils voteraient presque pour Besancenot. ceux qui ont voté Sarko. Il n'y a pas d'idéaux, pas de droite, de gauche dans leur coeur. Juste l'obsession du porte-monnaie. Du caddy vide. De l'objet manquant.

Ils ont des hopitaux que les étrangers jalousent...





C'est la même histoire pour chaque sujet, la santé, l'éducation, l'économie, l'agriculture, la danse...

La propagande castriste répète que tout est magnifique ici. Dans le Granma, où les nouvelles sont toujours bonnes, sauf quand on parle des États-Unis, on répète que les étrangers viennent se faire soigner à Cuba, que la médecine y est meilleure, les délais moins longs, que l'opération Milagro permet aux Vénézueliens de recevoir gratuitement une opération des yeux dans l'île (déplacement et hébergement compris), que l'école de médecine de La Havane est une des meilleures du monde (même si aucun autre pays ne la reconnaît). On dit que les Cubains ont tous accès à une éducation et une santé gratuites. Et ça nous fait tous pousser des ah et des oh d'admiration. Ah oui, ah oui, les contraintes, l'isolement, la dictature, mais quand même, ils sont éduqués et en santé...

La propagande américaine dit qu'il s'agit là d'une manoeuvre, comme toutes les opérations "humanitaires" du régime castriste, envois de médecins cubains à l'étranger et autres opérations, pour récolter des appuis diplomatiques à l'ONU.

Les Cubains, quant à eux, disent qu'ils n'en peuvent plus, de ces deux mondes qui coexistent. Les touristes dans les beaux hôtels, les beaux hôpitaux, les belles pharmacies. Les insulaires interdits d'entrée partout où l'on dépense le peso convertible. Que les hôpitaux pour Cubains sont sales, qu'on attend des mois pour se faire soigner, qu'il faut acheter les seringues, produits, médicaments dont on a besoin. Payer. Avec l'argent, dans l'île communiste, on peut vivre comme un Américain...
Ces photos, on me prête des yeux impartiaux pour me convaincre d'une vérité. Prises en secret dans un asile de La Havane par un ami qui veut rester anonyme. La prochaine fois, j'essaierai de me promener dans les lieux qui leur sont réservés, ceux que le régime éloigne de la zone touristique pour que nous continuions à lui rendre grâce...

Hernando Calvo Ospina, "Une internationale... de la santé", Le monde diplomatique, août 2006, http://www.monde-diplomatique.fr/2006/08/CALVO_OSPINA/13777


Au musée des beaux arts de Cuba, une profusion d'expression

"Ils n'aiment pas les artistes. Ils n'aiment pas les gens qui pensent... C'est trop difficile ici, quand on veut créer ou ecrire, autre chose que la révolution..." Mon interlocuteur maîtrise mal l'anglais. Il conjugue toutes ses phrases au présent. Du coup, je ne sais plus, le Cuba d'aujourd'hui, j'y vois des militaires se promener dans les rues armés de ciseaux pour couper les cheveux longs des hippies, je tremble quand mes hôtes écoutent les Beatles. Et tous les Cubains rêvent l'ailleurs, comme c'est parfait le monde ailleurs, t'imagines comme je serais riche aux États-Unis à faire de la photo alors qu'ici... Ici, tout s'est arrété. Finalement, ce présent, il signifie quelque chose. Pourquoi conjuguer au passé quand les journées sont les mêmes, la même attente depuis que la révolution castriste est bloquée en mode révolution, et que ses enfants attendent... Et vers quoi le futur?

Dans les librairies, il n'y a que Jose Marti et Alejo Carpenter, et tous les livres de propagande sur la révolution castriste, quelques manuels contre le capitalisme, d'autres sur la communauté noire des Caraïbes. Côté international, du classique, empoussiéré, Victor Hugo, Gabriel Garcia Marquez quand-même... Dans le Musée des beaux arts, côté international, tout s'est arrété au 19e siècle. Du côté cubain, je craque pour quelques toiles, mais il faut bien l'avouer, pas de dissidence. Heureusement, pour le touriste désireux de voir Castro comme un saint, on peut oublier toute cette histoire de censure: depuis quelques jours, au Musée de beaux-arts de La Havane, la biennale expose des oeuvres a-mé-ri-caines!!!

Comme disent les journalistes, si les frontières bloquent les hommes, les marchandises quand à elles circulent sans difficulté. Ah non, pardon, ils parlaient d'art...
http://www.ledevoir.com/2009/03/30/242659.html






Manuel Vega Lopez, Caravan de Ciegos, 1919

Carlos Enriquez, Campesinos feliz, 1938


Wilfredo Lam, Les Noces, 1947

Amelia Pelaez, Mujeres, 1958


Rafael Zarza, El gran Fascista, 1973


Belkis Ayon, La Cena, 1988


Guilbeto de la Nuez, Esta es la historia, 1980
Il faudrait pouvoir détailler cette toile, la "découverte" des Amériques tout en haut, et le massacre des Indiens, le commerce des esclaves, les guerres d'indépendance, les soulèvements, chaque centimètre est recouverte d'un événement sanglant. Esta es la historia...

Thomas Sanchez, La relacion, 1988
Une ile gigogne à sa façon

Marcelo Pogolotti, El intellectual, 1937