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mardi 10 novembre 2009

décolonies

On dirait que tout s'embrase au point culminant de mon voyage antillais. Guadeloupe et Martinique. Mon ventre et la peur du vide. Des îles à feu et moi qui voulais comprendre. C'est quoi des colonies maman?

Seul

"Seul désormais, ce retourné de terre décoré de calebasses attestait que sa mère lui provenait d'Afrique. Vaste pays dont on ne savait hak. L'Africaine elle-même n'avait évoqué que la cale du bateau, comme si elle était née là-dedans, comme si sa mémoire, juste là, avait fini de battre. Ninon ne savait pas encore que tout en cultivant le souvenir de sa mère, elle oublierait l'Afrique: resteraient la femme, sa chair, sa tendresse, le bruit particulier des sucées de ses pipes, ses immobilités malsaines, mais rien de l'Autre Pays. Pas même le mot d'un nom."
Texaco, 154-155.

mercredi 7 octobre 2009

Tant mieux, ils nous coûtent une fortune...

Communiqué de presse de la Présidence de la République
Le 07 octobre 2009
Communiqué faisant suite à la réunion entre M. le Président de la République et les Présidents des exécutifs locaux de la Guyane et de la Martinique

Le 7 octobre 2009, le Président de la République a reçu, à leur demande, MM Antoine KARAM et Alain TIEN LIONG, présidents des exécutifs locaux de la Guyane, ainsi que MM Alfred MARIE-JEANNE et Claude LISE, présidents des exécutifs locaux de la Martinique. Ils se sont entretenus des suites à donner à leurs délibérations demandant une évolution de leurs institutions vers un régime prévoyant davantage d’autonomie, conformément à l’article 74 de la Constitution. Le chef de l’Etat a annoncé aux Guyanais, et a confirmé aux Martiniquais, que les électeurs de ces deux territoires seraient consultés directement sur ce sujet au mois de janvier 2010.

Un scrutin, organisé le 17 janvier 2010, proposera aux électeurs de Guyane et de Martinique d’approuver ou de rejeter le passage au régime prévu à l’article 74 de la Constitution. Régime qui permet aux collectivités concernées d’avoir un statut particulier tenant compte de leurs intérêts propres dans la République et de disposer d’une large autonomie normative.

Si les électeurs décidaient de rejeter le passage à l’article 74, alors un second scrutin serait organisé le 24 janvier 2010 pour leur proposer d’approuver ou de rejeter le passage à une collectivité unique exerçant les compétences du Conseil Régional et du Conseil Général, dans le cadre actuel qui est celui de l’article 73 de la Constitution.

Le Président a souligné qu’il souhaitait que cette consultation se déroule dans des conditions de clarté démocratique irréprochables et a rappelé que ces territoires, quel que soit le choix qu’ils feront à l’issue de la consultation, resteront dans la République. La question qui est posée aux électeurs de Guyane et de Martinique est bien celle du juste degré d’autonomie et de responsabilités, et en aucun cas celle de l’indépendance.

Commentaires (Libé +)
Jeudi 08 octobre à 00h42. Allons y qu ils votent pour leur independance une fois pour toute.les indigenes qui meprisent les colonisateurs blanc mais prennent leur argent nous coutent une fortune! et rapportent rien.laissons les se dbrouiller qu ils montrent ce dont ils sont capables quoique le resultat est connu d avance.il suffit de voir les iles caraibes independantes la misere totale

mardi 6 octobre 2009

Kanor, D'eaux douces, p. 86

"Mère, à la mémoire qui tremble de peur, dont le corps sous le poids des secrets a fini au fil des siècles par se déformer. Graisse. Peau qui ride. Jambes qui varicent. Mère d'absences, notre mère absente qui erre comme un fantôme dans les couloirs d'un hôpital.
Quelle qualité de femme aurais-je été si elle s'était donné la peine de nous montrer de quel bois se chauffe le coeur d'un homme? Quel type de nègre aurais-je aimé si, levée tard, le geste tendre, elle nous avait accueillies, au coeur de son lit, la bouche molle, pleine d'histoires, un mot gentil, un mot-sourire pour chacune des parties de notre corps?
Couleur de peau : pas assez claire. Cheveux: gratinés à ne plus savoir qu'en faire. Yeux: couleur cochon. Corps: mystère et boule de gomme. Faites attention, juste faire attention au grand méchant loup qui passe. Du sexe, il n'en est pas question. Juste mettre tampon. Bien se laver dedans. Le serrer comme du poisson pourri entre les cuisses. L'ouvrir quand les circonstances l'exigent, pas pour soi mais pour l'autre, ce mâle parfait, ce diable immaculé, à épouser, à ne pas laisser filer, à s'attacher avant que l'âge monte.
Corps aux autres, corps social, vérouillé, mensonger, truqué[...]."

Kanor, D'eaux douces, p. 113


"C'était comme une angoisse lorsqu'il y entrait, la frousse qu'elle se souvienne de lui et que la poisse de nouveau l'attrape. S'il lui arrivait d'y pénétrer, il ne tardait jamais à en sortir, prenant avec la plage le moins de distance possible, mesurant constamment l'écart entre les deux mondes. [...]
Elle riait la mer, jouait à faire des plis sur l'eau, des arabesques, des cercles, tout ce qui se passait sous son nez. Mer de sueur qui ne laissait aucun répit, le chahutait autant de fois qu'elle le pouvait. Elle avait joué, la mer, jusqu'au dernier souffle du soleil, jusqu'au dernier cri du frère, emporté par le génie des eaux.
Depuis ce jour, Éric détestait la mer."

Kanor, D'eaux douces, p. 109

"C'est en t'embrassant que j'ai vu que tu avais changé. Tu la portais en toi, cette odeur d'homme noir qui ne te lâcherait plus, te suivrait désormais jusqu'au bout. Tandis que tu marchais derrière moi, je sentais ton regard sur ma nuque. Un regard féroce, haut perché, de celles qui ont décidé de ne plus se laisser faire. Quel qu'il soit, le nègre que tu avais croisé t'avais transmis sa haine. Tu étais des nôtres à présent, nous femmes noires qui avions expérimenté le désir puis l'enfermement puis la rage."

Kanor, D'eaux douces, p. 195

"Éric, Rico, Yérik au plus profond de mes chairs, en moi, loin de moi. Faux double, dont j'avais tant rêvé sous prétexte que nos parents avaient vécu la même histoire. L'expérience d'un homme peut-elle se limiter à l'histoire d'un peuple? Éric, cher, dont j'avais voulu dissoudre la chair, la faire fondre dans la mienne afin qu'ensemble nous puissions accomplir ce destin: participer à l'érection de la nation antillaise, augurer l'émergence d'une ère où hommes et femmes noirs cesseraient de se faire la guerre des sexes.
Comment avais-je pu y croire? dans quelle espèce de pays avais-je grandi? Moi qui en fouillant l'histoire des Antilles, apprenant par coeur les chapitres, avais pensé qu'il suffirait d'un homme noir, d'un seul, pour tirer d'affaire tout un peuple et déjouer tous les pièges que nous tendait la mémoire."

Kanor, D'eaux douces, p. 196-197

"Je me suis approchée. D'elle d'abord, impeccable dnas son uniforme d'amante, nue entre les sales pattes de mon nègre. Un sourire béat plaqué sur le visage comme un maquillage qu'elle aurait omis d'oter. [...] Une reine dans son bocal... Tenant dans ses bras un gros poisson noir sans écailles, prêt à glisser. J'avais déjà vu cette fille quelque part, elle était toutes ces femmes que j'avais croisées, jamais vraiment connues et qui m'avaient été racontées, dont j'avais eu l'instinct des siècles avant ma naissance. Elle était à la fois l'amante d'Éric, le collègue de travail de maman, notre voisine de pallier au temps des HLM et des maisons avec un toit qui fume. Elle était Candy au pays des bouclettes, la boulangère blonde d'en bas qui puait des aisselles, de la gueule aussi quand elle avait mangé de l'ail, et déclarait de manière solennelle en détester le goût mais n'en manger que parce que c'est bon pour la santé!
"Comme le vin" ajoutait papa qui trouvait la grasse dame aimable. Gentille madame prompte à lui faire de l'oeil.
C'était aussi dans la tête des hommes que je me souvenais avoir croisé ces femmes. Ombres qui traversaient les murs des chambres et pénétraient comme des esprits dans les crânes. Possession, obsession, colonisation."

vendredi 26 juin 2009

Un referendum sur l'autonomie pour la Martinique

Le président Nicolas Sarkozy a proposé vendredi à Fort-de-France l’organisation d’un référendum sur un éventuel statut d’autonomie pour l’île de la Martinique, aujourd’hui département-région régi par l’article 73 de la Constitution, tout en excluant l’indépendance.
«Je suis venu vous annoncer clairement que j’ai l’intention de consulter les Martiniquais sur l’évolution institutionnelle de leur territoire comme la Constitution m’y autorise», a-t-il déclaré.
«Les Martiniquais seront libres de choisir en leur âme et conscience le chemin qu’ils souhaitent emprunter,» a ajouté le chef de l’Etat.
«Tant que je serai président de la République la question de l’indépendance de la Martinique, c’est à dire de sa séparation d’avec la France ne sera pas posée», a-t-il toutefois dit.
«Le débat dont nous parlons n’est pas celui de l’indépendance (…) le débat qui est ouvert est celui du juste degré d’autonomie, celui de la responsabilité, celui de l’équation unité-singularité», a-t-il affirmé.
Les élus départementaux et régionaux de Martinique réunis en Congrès ont voté vendredi 19 juin une résolution demandant le report des élections régionales prévues en 2010, dans la perspective d’une consultation de la population martiniquaise sur une évolution institutionnelle.

mardi 21 avril 2009

L'archipel interrompu


Les Antilles sont un monde hétérogène, fragmenté, "comme une mosaïque dont les constituants ont été maintenus séparés les uns des autres, rceevant chacun le flux exclusif et lointain des métropoles européennes. Les modes de vie imposés, les langues différentes, les religions et les mythes importés, et même les peurs inventées par les Européens puis par les grands voisins du Nord, ont éloigné cette trentaine de peuples les uns des autres."
Alejo Carpentier, Le Siècle des lumières, p. 17.


Dans les Petites Antilles, il est rare que l'on ne puisse pas voir la pointe d'une île voisine à l'oeil nu. Ste-Lucie depuis le nord de St-Vincent. Carriacou depuis Grenade, et Union Island depuis Carriacou. La Dominique depuis la Martinique. Ensuite, les terres et la distance qui les sépare grossissent, et l'on oublie même qu'on est sur un pays retenu à rien une fois rendu à Cuba.

Il y a les îles qui chassent les hommes sur leurs voisines pour qu'ils reviennent les poches chargées d'argent. La plupart du temps, les insulaires n'ont d'yeux que pour la métropole, les États-Unis, l'Angleterre. Ils n'ont jamais mis les pieds sur les îles mitoyennes, qu'ils estiment toujours plus sauvage et plus pauvre que la leur.

Pourtant, malgré les différences de langue et de culture, les îles partagent le même désir de se débarasser de "l'intrus". Et les mêmes montagnes, qui ont toujours été l'espace de la liberté. À Cuba, terreau de la révolution castriste, la Sierra Maestra. En Martinique, refuge du marronage. La resistance grossit dans les montagnes. Le littoral, c'est pour les blancs, en espérant qu'on les jette plus vite à la mer comme ça.

La mer, dans les Caraïbes, on s'en tient loin. Les marins sont ceux qui la tremblent le plus. Elle est une frontière bien plus qu'une interface. C'est ce qui explique qu'on la franchisse bien plus souvent par les airs que par l'eau.

mardi 7 avril 2009

Quatre blocs et la mer

Le bloc néerlandais. La langue des colonisateurs qui recouvre le Papiamento, mélange d'espagnol, dialectes africains, anglais, néerlandais. Des silhouettes d'Amérique du sud, quelques indiens, fait rare dans les Antilles, des noirs. Des infrastrucures occidentales. Un climat trop sec qui force les îles à importer tout du Vénézuela. Un mur entre les deux classes. Une vie chère.

Ensuite, les îles noires. Langue anglaise et patois. Une eau turquoise autour d'une forêt tropicale et de montagnes. Fruits, légumes en abondance. Des îles indépendantes aussi. Fières de leur autonomie. Et une absence de racisme envers les blancs. Et un harcèlement sexuel constant.

La Martinique (et la Guadeloupe si j'avais été jusque là). Monde à peine aperçu. Mais sentie depuis plusieurs mois, et dont la complexité des rapports de force refuse toute prise de position.

Et puis, Cuba. Qui me demande de tout oublier de la vie ailleurs. Oublier ce qu'implique d'être riche ou pauvre dans nos pays. Et la répartition des classes. Et ce que liberté veut dire, si je l'ai su un jour.

Entre ces blocs, de l'eau, qui les isole les uns des autres. Ils ne se voient pas comme des frères. Même pas comme des voisins. Il y a la menace des ouragans qui les rassemble, l'esclavagisme des Africains envoyés là, la question de l'indépendance. Une echelle sociale qui repose encore bien trop souvent sur la couleur de la peau. Quelques similitudes dans les plantations, bananes et canne à sucre. Le rhum. Mais ils n'en font pas les éléments d'une culture caraïbéenne. Pas le peuple en tout cas.

Escale à Fort-de-France


Fort-de-France ressemble à une petite ville française du sud. Un quartier touristique. Des hommes accoudés au comptoir d'un PMU et des boulangeries tous les 100 mètres. Une vie chère. La vie citadine, indifférente aux passants.

Le taxi m'annonce que la greve est finie. Qu'il était contre. Ils ont obtenu une augmentation de 200 E. Moi, j'en ai perdu 500. "Mais c'est toujours la même chose, qu'il me dit, Békés ou syndicats, ils gouvernent en monarques. On reste les nègres de la bourgeoisie, qu'elle soit blanche ou noire". Les autres à l'hôtel diront pareil, pas les gens dans la rue. Les békés disent "Quand je vois des enfants nés de noirs et de blancs, ce n'est pas bien... je trouve pas ça bien, nous on voulait préserver la race". Les syndicalistes disent " Nous sommes des guadeloupéens d'origine africaine" et encore "Nous ne laisserons pas une bande de békés rétablir l'esclavage". Les manifestants: "Eux y sont armés, nous on n'est pas armés." En poussant les CRS. "Eux y sont armés, nous..." Les CRS reculent.

Dans les rues, les bus ne circulent pas. Les magasins rouvrent au compte goutte. Deux camarades débarquent devant une boutique, donnent des gros coups dans la porte et lui ordonnent de fermer,puis se marrent. C'est ainsi qu'on exorcise les peurs et les colères des jours passés, en s'appropriant les scènes dont on a été victimes.

Entre deux iles




Les aéroports sont devenus minuscules. Celui-là ressemble à une gare routière du Mexique, le passage des douanes en prime. Au-dessus des deux uniques comptoirs d'enregistrement, un tableau blanc informe des vols prévus dans la journée. On donne son sac, on paie les taxes, et on se retrouve dans une petite salle composée de trois rangées de chaises en plastique qui font face à la piste. Au-dessus des portes, une télé. Dans mon dos, un minuscule duty free qui ne vend que de l'alcool. Impossible même de trouver une bouteille d'eau. Deux urnes en bois coiffées de croix "you can make a difference. Give to St Vincent and Grenadines Red Cross. Le portrait d'un homme noir en costume qui se tient au dossier d'une chaise. Un panneau nous remercie de notre visite.

Nous décollons, atterissons 20 minutes plus tard à Ste-Lucie, attrapons notre sac à la sortie parmi la dizaine de sacs entassés dans la salle d'arrivée, passons les douanes. Découvrons un aéroport encore plus surprenant, si tant est que l'on prenne la peine de passer le portail et la barrière de taxis. Derrière une minuscule route d'où de futurs passagers arrivent à pied, sac sur le dos, la mer est là, avec une plage, et des lolos qui vous proposent l'assiette locale, riz-bananes-poisson, et un jus de goyave frais à l'ombre des parasols. C'est mieux qu'une salle d'attente climatisée pour attendre une correspondance.

Quelques heures plus tard, redécollage. Dans les îles, le décollage requiert une technique particulière. Les moteurs poussés à leur maximum avant même de faire avancer la machine. Car au bout d'une piste courte, c'est la mer. Il n'y a pas de rallonge possible.

Et c'est la Martinique, la fin des îles minuscules et des bateaux.

mercredi 11 mars 2009

Perdre de vue les îles

Île après île, je quitte mon poste d'observation pour entrer dans la vie qui m'entoure. Je perds ma distance nécessaire, et mon carnet se transforme en journal de bord malgré moi. Liste d'activités. Énumération d'anecdotes. Je ne réfléchis plus aux îles. J'archive.

De toute façon, la question des îles est démesurée. Plus il y a de bruits, moins l'image est nette. Il y a autant d'îles que de personnes rencontrées. Pour lui, nous voilà sur une terre noire à 99 %, pour l'autre, c'est une terre de métissage, dans la langue, les couleurs de peau, les coutumes. Les hommes y boivent beaucoup. Parfois pas plus qu'ailleurs. Ils la trouvent sauvage, ces hommes civilisés. Mais les autres y voient une réussite dont ils sont pas peu fiers, une indépendance qui n'a pas fini comme Haïti, alors oui, la marijuana, mais pourquoi pas. Elle est dangereuse, cette île, te promène pas toute seule, même en journée, que me balance le guide. Rien à craindre ici, me glisse l'Argentin, le taux de criminalité le plus bas du monde. Mais ne va pas à Ste-Lucie, non, non, rajoute le premier... Les Grenadiens me disaient la même chose de vous, de m'en méfier...

C'est que la plupart de mes insulaires ne sont jamais sortis de leur village, construisent leur île des propos relatés, et l'archipel aussi, avec des trous dans l'image. Et toujours cette curiosité mêlée d'empathie envers les îles encore ligotées à leurs maîtres, Martinique, Guadeloupe, dont ils apprennent la bataille contre la vie chère. "Les pauvres toujours pas libres"... Mais aussi, "De quoi y s'plaignent eux, z'ont le chômage, le salaire minimum, la santé gratuite..." Ils ont conquis leur liberté seuls, triment pour avoir de quoi manger, cultivent leur terre, comprennent pas comment on peut tout attendre des autres, attendre les bras croisés que la vie change.

jeudi 5 mars 2009

Passé colonial

A Grenade et Saint Vincent, ils ne parlent jamais de l'esclavagisme. Ils rappellent avec fierté que Grenade a été française avant d'être anglaise, comme si la France valait mieux que les Anglais. Et ce flic-rasta qui ne nous en veut pas, m'a-t-il dit, pour les erreurs de nos ancêtres. Que notre sang est de la même couleur, nos corps morts pourriront aussi rapidement. Le coeur de l'homme n'est pas noir ou blanc. Il est bon, et il me sert une assiette remplie de produits frais.

On dirait qu'ils n'ont pas cette colère qui peut embrumer les autres îles des Caraïbes. En Guadeloupe, ils s'étaient pris batte de Baseball et machettes à la vitesse d'un scooter sur une route de campagne. Ils avaient eu le tord d'être blanc. Ici, être blanc, c'est un prestige acquis d'office. On y gagne quelque chose qu'on n'a jamais mérité.

vendredi 27 février 2009

Aux Martiniquais

"Marie-pitié, mon sucre d'orge, en créole on sait nommer l'esclavage, ou les chaînes, ou le fouet, mais aucun de nos mots ou pièce de nos titimes ne dit l'abolition. Tu sais pourquoi, han?"
Texaco, p.132

jeudi 12 février 2009

Croisements

L'île est un espace clos. Mais le croisieriste qui court dans le centre-ville pour claquer ses dollars en 6 heures ne la voit pas de la même façon que la Néerlandaise qui revient deux mois chaque année depuis 1972 avec un attitude qui n'a pas changé comme si le temps s'était arrété, que le Béqué installé dans ses privilèges menacés, que la bonne qui travaille trois jours par semaine dans les grandes maisons, que la femme de ménage de l'hotel, que le voyageur en sac à dos. La bonne de cette maison n'a jamais pris l'avion, jamais sortie de l'île, ne sait ni lire ni écrire. La décrire plus, maintenant, m'enfermerai dans des clichés. J'attends.

dimanche 8 février 2009

Martinique, solidarité, sé sa nou ka mandé

"En Martinique, touchée à son tour depuis trois jours par un mouvement similaire à celui de la Guadeloupe, des grévistes ont contraint samedi plusieurs grandes surfaces commerciales à fermer, à Fort-de-France et dans plusieurs communes environnantes. Au total, dix ont dû baisser leur rideau sur l’île.
A l’initiative du «collectif du 5 février», date du début du mouvement, des dizaines de grévistes ont envahi les caisses aux cris de «Solidarité, sé sa nou ka mandé» (Solidarité, c’est ce que nous demandons) forçant les clients à quitter les lieux.
Le collectif réclame une baisse de 30% sur les produits de première nécessité que refusent les responsables de la grande distribution. Les négociations doivent reprendre lundi à 15H00 (20H00 à Paris).
On observait de longues files d’attente aux pompes à essence, affectées par des grèves soit de pompiste soit de conducteurs de camions-citerne.
Des observateurs prévoyaient une montée en puissance du mouvement avec des manifestations de camionneurs qui devaient se positionner aux entrées de Fort-de-France dès lundi matin.
En métropole, l’opposition a critiqué l’attitude de l’exécutif. Ségolène Royal (PS) a dénoncé une «chape de plomb» sur l’Outremer reprochant au chef de l’Etat de ne pas avoir parlé de la situation dans ces territoires lors de son intervention télévisée jeudi.
Le président du MoDem François Bayrou a jugé «honteux» le silence de Nicolas Sarkozy tandis que le leader du Nouveau parti anticapitaliste Olivier Besancenot a estimé que ce dernier «marche sur des oeufs» par crainte d’une contagion en métropole."
(Source AFP)

samedi 24 janvier 2009

Les îles rouges

Je ressens toujours le même débordement d'émotion devant les gens qui se révoltent... Dans ce documentaire dont je viens de parler... Tous les rassemblements spontanés... Toutes les greves... Moments rares où on est en masse à lâcher notre confort et nos petits interets particuliers pour se battre ensemble. Surtout moments tellement rares où on se lève parce qu'on y croit!

C'est sûrement ce qui a manqué à toutes ces greves étudiantes d'ici. La force de l'espoir... Ils le disaient, et ça me jetait des rides à la figure de voir ces enfants tout ecrasés par la mesure, la raison, le renoncement, que ça ne servait à rien, qu'on perdait du temps, queça ne marcherait pas, alors pourquoi perdre sa session... C'était très très triste et je transformais cette tristesse en colère...

Depuis 5 jours, la Guadeloupe est en greve générale contre "la vie chère". 115 stations-service sont fermées, plusieurs manifestations ont eu lieu, une vendredi à Pointe-à-Pitre qui a fait fermer des commerces, une aujourd'hui d'où émanait d'apres Libé un chant d'indépendance... "La Gwadloup sé tan nou, la Gwadloup a pa ta yo: yo péké fè sa yo vlé an péyi an-nou" (La Guadeloupe nous appartient, elle ne leur appartient pas: ils ne feront pas ce qu'ils veulent dans notre pays). Je glane au passage des commentaires racistes sur le site du quotidien français, qu'ils sont assistés, qu'ils ne s'en sortiraient pas sans la métropole, qu'on n'a qu'à leur donner leur indépendance, puisqu'ils sont incapables de s'en sortir seuls, les laisser finir comme Haïti... Toujours les mêmes tristes mots, mais peu importe, puisque les gestes sont plus forts...

A Reijkavik, des milliers d'Islandais manifestent depuis mardi pour demander la démission du pouvoir. Chants, casseroles et instruments de musique bruyants. Oeufs et fromages blancs comme arme contre les boucliers armés. L'opposition sort du Parlement et se mêle à la foule. Les lyceens s'en mèlent le mercredi. Le bureau du premier minitre est peint en rouge, des feux réchauffent les manifestants, les gaz lacrimaux sèment le doute, le gouvernement reste silencieux.

Dans la petite île de Lampedusa (Italie), les immigrants clandestins manifestent contre la mise en place du Centre d'identification et d'expulsion. Contre leurs conditions de vie dans le centre de détention aussi.

Il y a une révolte qui vient des îles.

Dans la salle de projection, quand le générique de fin avait mis fin à ces images de resistance, la salle entière avait applaudi. Et ne s'arretait plus, et s'était levée, moi la première, pour remercier la réalisatrice, et tous ces gens qui ne nous voyaient pas les regarder, et qui nous avaient arraché des larmes, et nous insufflaient du courage. C'est vrai, j'étais pleine de courage en sortant de cette salle, et je me demandais comment écrire un livre qui transmette cette énergie, soudainement c'était évident... La réalisatrice avait répondu aux questions. Elle était fade, ses réponses egratignaient mon film, celui que j'avais vu et qui n'avait rien à voir avec ce qu'elle tentait de résumer, d'expliquer. La pauvre... En l'écoutant je me disais que ce film lui échappait completement, qu'elle n'avait été qu'un fil, la force de ces gens-là cognait dans toutes les têtes... elle "voulait faire un film sur l'art" répétait-elle... Elle avait l'air de ne pas comprendre. L'arme qu'elle avait entre les mains. Jamais vu des Quebecois se lever avec une telle ferveur... Ils ne pouvaient plus s'arreter...

[Photo de Cristopher Cichoki: http://organicabstraction.com/]