vendredi 25 mars 2011

Échapper aux accusations

"Peut-être jamais récit n'a-t-il dit on à ce point. à un point aussi exemplaire. Je veux dire, au point de ne pouvoir être opposé à rien d'autre; à ce point indistinct que mieux vaut encore que ce soit sur soi que s'exerce le mal. [...] Au point de ne pas pouvoir partager entre "bourreaux" et "victimes".»

Préface à Lieu commun, de Alain Hobé, cendrier du voyage, Fissile, 2010.

Il fallait étirer le on, au lieu de jongler entre lui et vous.

Bibliographie temporaire

Romans, Nouvelles
Maryse Condé
Patrick Chamoiseau, Texaco
Emile Ollivier
Edouard Glissant
Carlos Liscano, La route d'itaque
Pedro Juan Guttierez, Trilogie sale de La Havane
Aimé Cesaire
Alejo Carpentier, Le siecle des lumières
Fabienne Kanor, DMeaux douces
Fatou Diome, Le ventred e l'Atlantique

Récits de voyage
Raymond Depardon, Errance
Nicolas Bouvier, L'usage du monde
Le Clezio
Dans la peau d'un noir
Barbara Hugdson, Terra Incognita
Edwy Plenel, La decouverte du monde
Adlous Huxley
VS Naipaul, la traversee du milieu
Baudrillard, Amériques
Georges Orwell


Essais, recherches
Marc Augé, Non-lieux
Marc Augé, L'impossible voyage
Pico Iyer, L'homme global
Michel de Certeau, L'invention du quotidien
Hannah Arendt
Tristan Todorov, La vie commune
Jean-Pierre Moreau, Un flibustier dans la mer des Antilles
Appadurai, Géographie de la colère
Apres le colonialisme
Simon Harel, Espaces en perdition
Patrick Chamoiseau, Éloge de la créolité
Frantz Fanon, Peaux noires, masques blancs
Daniel Guerrin, Les Antilles décolonisées
Segalen
Lawrence Olivier
Nicolas Bourriaud
Guy Debord
Jacques Rancieres
Michel Foucualt, Le Parler vrai
Serge Gruzinski, La pensée metisse
Jean-Loup Amselle, Logiques metisses
Laplantine et Nouss, Métissages
Shayegan, La lumiere vient de l'occident
Patrick Leigh FErmor, Vents alizés. Un voyage dans les caraibes
Amion Maalouf, les identites meurtrieres
Joel Desrosiers, Theories Caraibes
Poetique du deracinement
Samuel Hungtongton, le choc des civilisations
Bauman, le present liquide
Senghor
Simmel, Disgression dur l'etrangerKristeva, EtranGERS A NOUS MEMES
Hirsch, Racismes, l'autre et son visages
Taguieff, La force du préjugé
Baudrillard, la spectarlité comme elision de l'autre

Espoir



L'espoir, qui permet de continuer à vivre, répéter les mêmes gestes quotidiens, aller chercher le pain avec sa libreta, faire la queue, longtemps, les maisons coloniales somptueuses qui tombent en ruine, l'électricité défaillante, l'eau froide, la poussière, le congri tous les soirs. Parce que demain...


Pourtant, sur la porte, ils ont collé en grand cette phrase:

Manana sera demasiado tarde

L'attente d'un rêve qui n'aura jamais lieu.

samedi 9 octobre 2010

La garde-côte américaine a repêché mercredi 17 personnes vivantes et 10 cadavres au large de la Floride après le naufrage d'un bateau de migrants, vraisemblablement haïtiens.

Un des rescapés a expliqué que le navire avait quitté les îles Bimini, dans la nuit de mardi à mercredi, en direction de la Floride. Ces îles constituant un district des Bahamas sont situées à environ 80 km des côtes de la Floride.
Le rescapé a ajouté que leur bateau avait « touché quelque chose » vers 2 heures du matin. Selon le capitaine de la garde-côte, les victimes ont séjourné dans l'eau pendant une dizaine d'heures avant d'être repérées à la mi-journée par un canotier qui a alerté les autorités.
Au cours des sept derniers mois, la garde-côte américaine a intercepté plus de 2600 clandestins, dont 1400 Haïtiens, 600 Dominicains et 500 Cubains. En 2008, le nombre d'interceptions s'est élevé à 4800.

dimanche 1 août 2010

La parole imbécile

« La parole est vaine pour les imbéciles. C’est pourquoi il ne faut pas leur en laisser le monopole. Il faut que l’intelligence parle mieux et plus haut que la stupidité, que le préjugé, que l’ignorance, que la bêtise. Elle n’est pas que plaisir. C’est aussi une arme dangereuse qu’il faut savoir maîtriser pour ne pas se laisser maîtriser par ceux qui la maîtrisent[1]. »


— Pierre Bourgault, La Culture – Écrits polémiques.

mercredi 14 avril 2010

Extrait de La fille bien

Tobias est un homme agréable. D’une présence agréable. Grâce à qui elle a accompli énormément de choses ces dernières années. Il ressemble à ma mère, linéaire, organisé comme un calendrier. Qui ne dépasse jamais ses limites. Ne te demande pas de les dépasser. N’est même pas conscient qu’il y en a. Matty n’a pas le temps de se demander si c’est une bonne chose. Elle noue ses cheveux dans un chignon rapide, salue la secrétaire, «le docteur vous attend, Kathy», « c’est Matty… », « pardon? », « je m’appelle Matty », « Bureau du docteur Kingsley j’écoute ». Elle hausse les épaules et ramasse les dossiers empilés dans son casier, pense à Tobias, «Bonjour Docteur», le mouvement de la porte provoque un courant d’air qui fait voler une pile de papiers posée sur le coin de son bureau. Elle se précipite pour les ramasser. Effleure la main du docteur de ses doigts glacés, d’un geste distrait, qui fait monter le sang à ses joues, comme si elle avait fait exprès d’ouvrir la porte trop violemment pour créer ce contact là, alors que ce n’est pas vrai. Kingsley ne lui plait pas du tout, vraiment pas du tout. Elle pense : ça doit être à cause de sa réputation, toutes les stagiaires sont raides de lui, je suis troublée à l’idée qu’il croie cela de moi; pensant encore : il est plus jeune qu’il ne le parait, quand on occulte la bulle d’austérité dans laquelle il se tient. Elle voit ses mains qui tremblent légèrement et les replient dans son dos. De quoi doit-elle lui parler? Elle se rappelle de la pochette qui pèse sur son avant-bras, mais elle a l’impression qu’elle pourrait tout confier aujourd’hui à ce Noir qui la regarde avec autorité. Parler de son affreuse chambre. De ses cauchemars. De son malaise depuis qu’elle est arrivée sur cette île? Je suis pas dans mon assiette. Elle pourrait lui dire : j’ai beaucoup de mal à me lever, ça ne m’est jamais arrivé docteur, beaucoup de mal à sortir de ma chambre le matin, à me sentir bien quand je vous croise dans la rue, beaucoup de mal à vous soigner, à collaborer avec vous…
Je m’excuse docteur.
Elle est étonnée d’avoir dit « docteur » alors qu’elle continue à l’appeler en elle-même « le Noir ».
Il lui sourit.
Pour mon retard ce matin.
Il n’y avait pas de navette libre, vous comprenez.

Elle a traversé St-George, déjà brûlante à huit heures, lentement, pour ne pas ruisseler sous ses vêtements avant même de commencer sa journée.

Le docteur continue de sourire, attendant quelque chose. Matty a l’impression que la température ne cesse de descendre dans la pièce, et que de la fumée sort de sa bouche chaque fois qu’elle expire. Sur le tas de la pile qui était éparpillée au sol, elle lit le nom de son tuteur, David Kingsley, dans la case du patient. C’est un formulaire d’examens.
Petit check up de routine, dit-il. Comment va Mme Sutton?.
Elle sort de sa pochette le dossier d’une patiente arrivée aux urgences ce matin avec un bras violet et gros comme une pastèque, une piqure de scolopendre, l’amputation est envisagée.

Plus tard, en sortant du tunnel des classes comme elle l’appelle, elle se rend compte qu’elle continue de l’appeler en elle-même le Noir. Qu’elle a beau connaître son nom, lui répondre « docteur », elle pense le Noir. Elle pense à lui comme à la partie d’un tout qu’elle a de plus en plus de mal à distinguer. Pourtant, elle veut les écouter, elle veut les comprendre. Elle a lu leurs écrivains. Des livres sur leur histoire. Elle se dit, leur ignorance, leur sauvagerie, le sexe comme seule source d’intérêt, leur rhum, c’est une détresse de peuple soumis. Les pauvres, on les a exclus de notre progrès.

Elle pense aussi qu’elle n’aime pas vraiment le contact physique avec ses patients. Qu’elle a peut-être confondu ses aspirations de carrière avec son désir d’être, une fois au moins, la malade de sa mère. C’est tout.

samedi 6 février 2010

Coupables de connexion contre nature

À St-Vincent, il ne se passe jamais rien. Peu de criminalité. Juste deux hommes qui se font battre à mort dans une église, puis arreter, après avoir été surpris en train de s'embrasser.

F. 38 ans. Saint-Georges, Grenade.
«Etre gay c’est comme participer à un carnaval, porter un masque d’incertitudes en espérant que la Déesse du Hasard soit toujours à vos côtés et ne vous abandonne jamais. J’attends avec fébrilité le jour où nous pourrons simplement être nous-mêmes sans crainte des conséquences à cause de notre sexualité.»
ARTICLE 435 - Si deux personnes sont coupables de connexion contre nature, ou si une personne est coupable d’une connexion contre nature avec un animal, chacune de ces personnes sera passible d’une peine d’emprisonnement de dix ans.
 
 
N. 23 ans. Saint-Vincent et les Grenadines.
«Je n’ai, heureusement, jamais reçu de coups. La vie des gays ici n’est pas si difficile comparée aux pays voisins, mais bien loin encore des États-Unis. Même si on considère les homosexuels comme une malédiction, ils ne sont pas battus en public, sauf si on les surprend pendant une relation sexuelle.»
ARTICLE 146 - Toute personne qui commet la sodomie avec toute autre personne et toute personne qui commet la sodomie avec elle ou lui, est passible d'une peine emprisonnement de dix ans.