samedi 9 octobre 2010

La garde-côte américaine a repêché mercredi 17 personnes vivantes et 10 cadavres au large de la Floride après le naufrage d'un bateau de migrants, vraisemblablement haïtiens.

Un des rescapés a expliqué que le navire avait quitté les îles Bimini, dans la nuit de mardi à mercredi, en direction de la Floride. Ces îles constituant un district des Bahamas sont situées à environ 80 km des côtes de la Floride.
Le rescapé a ajouté que leur bateau avait « touché quelque chose » vers 2 heures du matin. Selon le capitaine de la garde-côte, les victimes ont séjourné dans l'eau pendant une dizaine d'heures avant d'être repérées à la mi-journée par un canotier qui a alerté les autorités.
Au cours des sept derniers mois, la garde-côte américaine a intercepté plus de 2600 clandestins, dont 1400 Haïtiens, 600 Dominicains et 500 Cubains. En 2008, le nombre d'interceptions s'est élevé à 4800.

dimanche 1 août 2010

La parole imbécile

« La parole est vaine pour les imbéciles. C’est pourquoi il ne faut pas leur en laisser le monopole. Il faut que l’intelligence parle mieux et plus haut que la stupidité, que le préjugé, que l’ignorance, que la bêtise. Elle n’est pas que plaisir. C’est aussi une arme dangereuse qu’il faut savoir maîtriser pour ne pas se laisser maîtriser par ceux qui la maîtrisent[1]. »


— Pierre Bourgault, La Culture – Écrits polémiques.

mercredi 14 avril 2010

Extrait de La fille bien

Tobias est un homme agréable. D’une présence agréable. Grâce à qui elle a accompli énormément de choses ces dernières années. Il ressemble à ma mère, linéaire, organisé comme un calendrier. Qui ne dépasse jamais ses limites. Ne te demande pas de les dépasser. N’est même pas conscient qu’il y en a. Matty n’a pas le temps de se demander si c’est une bonne chose. Elle noue ses cheveux dans un chignon rapide, salue la secrétaire, «le docteur vous attend, Kathy», « c’est Matty… », « pardon? », « je m’appelle Matty », « Bureau du docteur Kingsley j’écoute ». Elle hausse les épaules et ramasse les dossiers empilés dans son casier, pense à Tobias, «Bonjour Docteur», le mouvement de la porte provoque un courant d’air qui fait voler une pile de papiers posée sur le coin de son bureau. Elle se précipite pour les ramasser. Effleure la main du docteur de ses doigts glacés, d’un geste distrait, qui fait monter le sang à ses joues, comme si elle avait fait exprès d’ouvrir la porte trop violemment pour créer ce contact là, alors que ce n’est pas vrai. Kingsley ne lui plait pas du tout, vraiment pas du tout. Elle pense : ça doit être à cause de sa réputation, toutes les stagiaires sont raides de lui, je suis troublée à l’idée qu’il croie cela de moi; pensant encore : il est plus jeune qu’il ne le parait, quand on occulte la bulle d’austérité dans laquelle il se tient. Elle voit ses mains qui tremblent légèrement et les replient dans son dos. De quoi doit-elle lui parler? Elle se rappelle de la pochette qui pèse sur son avant-bras, mais elle a l’impression qu’elle pourrait tout confier aujourd’hui à ce Noir qui la regarde avec autorité. Parler de son affreuse chambre. De ses cauchemars. De son malaise depuis qu’elle est arrivée sur cette île? Je suis pas dans mon assiette. Elle pourrait lui dire : j’ai beaucoup de mal à me lever, ça ne m’est jamais arrivé docteur, beaucoup de mal à sortir de ma chambre le matin, à me sentir bien quand je vous croise dans la rue, beaucoup de mal à vous soigner, à collaborer avec vous…
Je m’excuse docteur.
Elle est étonnée d’avoir dit « docteur » alors qu’elle continue à l’appeler en elle-même « le Noir ».
Il lui sourit.
Pour mon retard ce matin.
Il n’y avait pas de navette libre, vous comprenez.

Elle a traversé St-George, déjà brûlante à huit heures, lentement, pour ne pas ruisseler sous ses vêtements avant même de commencer sa journée.

Le docteur continue de sourire, attendant quelque chose. Matty a l’impression que la température ne cesse de descendre dans la pièce, et que de la fumée sort de sa bouche chaque fois qu’elle expire. Sur le tas de la pile qui était éparpillée au sol, elle lit le nom de son tuteur, David Kingsley, dans la case du patient. C’est un formulaire d’examens.
Petit check up de routine, dit-il. Comment va Mme Sutton?.
Elle sort de sa pochette le dossier d’une patiente arrivée aux urgences ce matin avec un bras violet et gros comme une pastèque, une piqure de scolopendre, l’amputation est envisagée.

Plus tard, en sortant du tunnel des classes comme elle l’appelle, elle se rend compte qu’elle continue de l’appeler en elle-même le Noir. Qu’elle a beau connaître son nom, lui répondre « docteur », elle pense le Noir. Elle pense à lui comme à la partie d’un tout qu’elle a de plus en plus de mal à distinguer. Pourtant, elle veut les écouter, elle veut les comprendre. Elle a lu leurs écrivains. Des livres sur leur histoire. Elle se dit, leur ignorance, leur sauvagerie, le sexe comme seule source d’intérêt, leur rhum, c’est une détresse de peuple soumis. Les pauvres, on les a exclus de notre progrès.

Elle pense aussi qu’elle n’aime pas vraiment le contact physique avec ses patients. Qu’elle a peut-être confondu ses aspirations de carrière avec son désir d’être, une fois au moins, la malade de sa mère. C’est tout.

samedi 6 février 2010

Coupables de connexion contre nature

À St-Vincent, il ne se passe jamais rien. Peu de criminalité. Juste deux hommes qui se font battre à mort dans une église, puis arreter, après avoir été surpris en train de s'embrasser.

F. 38 ans. Saint-Georges, Grenade.
«Etre gay c’est comme participer à un carnaval, porter un masque d’incertitudes en espérant que la Déesse du Hasard soit toujours à vos côtés et ne vous abandonne jamais. J’attends avec fébrilité le jour où nous pourrons simplement être nous-mêmes sans crainte des conséquences à cause de notre sexualité.»
ARTICLE 435 - Si deux personnes sont coupables de connexion contre nature, ou si une personne est coupable d’une connexion contre nature avec un animal, chacune de ces personnes sera passible d’une peine d’emprisonnement de dix ans.
 
 
N. 23 ans. Saint-Vincent et les Grenadines.
«Je n’ai, heureusement, jamais reçu de coups. La vie des gays ici n’est pas si difficile comparée aux pays voisins, mais bien loin encore des États-Unis. Même si on considère les homosexuels comme une malédiction, ils ne sont pas battus en public, sauf si on les surprend pendant une relation sexuelle.»
ARTICLE 146 - Toute personne qui commet la sodomie avec toute autre personne et toute personne qui commet la sodomie avec elle ou lui, est passible d'une peine emprisonnement de dix ans.

mardi 10 novembre 2009

décolonies

On dirait que tout s'embrase au point culminant de mon voyage antillais. Guadeloupe et Martinique. Mon ventre et la peur du vide. Des îles à feu et moi qui voulais comprendre. C'est quoi des colonies maman?

Seul

"Seul désormais, ce retourné de terre décoré de calebasses attestait que sa mère lui provenait d'Afrique. Vaste pays dont on ne savait hak. L'Africaine elle-même n'avait évoqué que la cale du bateau, comme si elle était née là-dedans, comme si sa mémoire, juste là, avait fini de battre. Ninon ne savait pas encore que tout en cultivant le souvenir de sa mère, elle oublierait l'Afrique: resteraient la femme, sa chair, sa tendresse, le bruit particulier des sucées de ses pipes, ses immobilités malsaines, mais rien de l'Autre Pays. Pas même le mot d'un nom."
Texaco, 154-155.

Boite à souvenirs

Elle extirpa d'un coffret en tôle toute la vie de son père. Une petite pipe en bois noirci machouillée pour ne pas céder à l'envie d'autre chose, plus de nicotine, autre vie, autre femme. Un canif au manche en os et ouvre-bouteille cassé. Un passeport vierge. La bague verte qu'elle pensait avoir perdu. Une photo de son mariage. Une autre de sa première fille.